Découvrez L’histoire de Pauline Le Cam       

     Le 25 mars 1942, Pauline 21 ans, Résistante, est allée porter à découvert secours, à un aviateur abattu par les allemands, dans une pâture proche de sa maison à Vieille-Eglise. «Chose» qu’elle avait l’habitude de faire vu la quantité d’avions alliés qui venaient combattre l’occupant nazi dans le Pas-de-Calais, où s’activaient bon nombre de résistants à travers les villes et campagnes où le calme n’était plus dans la douceur de vivre à la française.

     L’avion est un Spitfire Vb AB281. Son pilote est vivant, son visage est tuméfié, mais il bouge. C’est William Franklin ASH, américain engagé dans la Royal Canadian Air Force. Plus tard Pauline apprendra que le Capitaine ASH est un «As», totalisant déjà 24 victoires avant d’être retrouvé à Vieille-Eglise.
     Aidée d’un cousin, Léon Brulin, Pauline l’aide à se remettre sur pieds promptement tout en lui faisant mettre à l’envers son blouson pour mieux le dissimuler. Elle l’amène chez elle où sa mère Léa 57 ans, et sa soeur Marie-Louise 17 ans le cachent. Pendant ce temps là, elle court chez sa Cousine «Marie-Josephe », (tante de Mme Charitas-Warocquier, dont le frère Claude a été fusillé au Mont-Valérien) pour lui avoir des vêtements de son mari. Elle prépare son passage pour son retour en Angleterre. Le soir même, elle le mène chez des Résistants du pays « qu’elle connaît pour leurs actions courageuses avec les aviateurs alliés :MM.Emile et Gaston Rocourt, Minotiers à Alquines. Grâce aux réseaux Pat O’Lary, Manipule et Voix du Nord, avec M. Gaston Berthe et Henry Turcq , William ASH sera emmené jusqu’à Paris où il restera 3 semaines avant d’être arrêté suite à la dénonciation d’un ex-britannique devenu agent de la Gestapo.
     M. Guy Rocourt, fils d’Emile, tient à rappeler que «s’il y a pu avoir près de 4000 personnes sauvées dans la région grâce à la Résistance, cela a coûté la vie à 200 fusillés ou victimes de représailles des allemands à la tête de mort. Mais si tout s’est passé en un éclair pour le Capitaine W. ASH, le sort qui attend les trois femmes, va être long dans la peine du temps qui s’égrène en prison, sous les brutalités morales et physiques des quatre jours d’interrogatoires, car leurs actions ont été dénoncées. Elles sont conduites à la prison de Saint-Omer. Les trois femmes ont tenu bon, s’étant juré de ne rien révéler sur l‘Américain ni l’endroit où elles l’ont envoyé chez M. Rocourt.
     Elles sont transférées à la gendarmerie de Calais. Là, Pauline qui a déculpabilisé sa mère et sa jeune soeur apprend qu’à cause de son silence, l’occupant a arrêté huit otages, dont les maires de Vieille-Eglise et Saint-Omer Capelle. La vie des 8 otages est en danger, alors, « Pauline ment et admet qu’elle a aidé un aviateur mais qu’elle croyait que c’était un allemand, étant incapable – dit-elle – de reconnaître les signes distinctifs des avions... » Les policiers libèrent sa mère Léa et sa soeur Marie-Louise. Pauline va commencer le périple des supplices des condamnés. Elle est d’abord envoyée à St-Nicaise, prison d’Arras, puis à Fresnes où elle va être jugée avec plusieurs personnes du Réseau Pat O’Lary : M. Emile Rocourt d’Alquines, son frère Gaston qui mourra en déportation, Marthe Boulanger de Tournehem et un couple de Vincennes, M. et Mme Gillet. Ils sont condamnés aux travaux forcés et déportés en Allemagne. Pauline avait retrouvé sa mère convoquée au tribunal comme co-accusée le 22 septembre 1943. Léa est condamnée à 3 ans de travaux forcés, Marie-Louise, adolescente, à 9 mois de prison à Fresnes. La mère et la fille ainée vont partir dans des wagons à bestiaux sans nourriture ni boisson mais aussi sans se voir, ni être ensembles. Dès les premiers sifflements du train du calvaire en marche, leur douleur est scandée par l’innommable qui fait tressaillir tout leur être. Léa, sa mère, a retrouvé sa liberté en juin 44, à 60 ans. Pauline elle, est encore aux travaux forcés et pour cause, les bourreaux vont lui faire expier non seulement d’avoir aidé un aviateur allié, mais surtout ce qu’elle a osé faire, comme un mauvais grain dans l’engrenage infernal de la machine nazie.
Pour cela, Pauline ira dans les usines de guerre allemandes, esclavagée de Gotteszelle à Stuttgart, Frankfurt, Cologne, Karlsruhe, Coblence, elle va avoir la santé minée par les travaux forcés pour les engins de guerre nazis. Ce sont les troupes françaises qui, le 21 avril 1945, vont la «libérer» à Ludwigsburg. Elle ne pèse plus que 32 kg. Trop faible pour être transportée, elle va devoir encore attendre quelques jours dans un hôpital pour être de retour le 10 mai1945, le sur lendemain de la capitulation nazie. Mariée ensuite à M. Brunelot elle a eu deux enfants. A ces joies est venue s’ajouter celle merveilleuse de revoir le Capitaine William ASH, presque « 30 ans après », revenu en 1971 pour la remercier et reconnaître les souffrances qu’elle a dû endurer pour lui. Le Capitaine William ASH est revenu encore une fois en 1975 lorsque Pauline fut décorée. Il vivrait maintenant en Angleterre, de l’autre côté du continent et de Vieille-Eglise, où un jour des habitants agirent au nom de la Libération.
     Pauline Le Cam est décédée le 11 avril 2017 à Marck.